C’est par la pratique de zazen que Shakyamuni Bouddha, le premier, s’est libéré de toute souffrance ; en clarifiant son esprit, il s’est éveillé à la réalité telle qu’elle est.
En effet, la plupart des souffrances proviennent de l’esprit lorsqu’il est souillé par la colère, l’avidité, la bêtise. Alors que la vie est paradis, nous la vivons comme un enfer.
Le responsable de nos insatisfactions et de nos souffrances est notre propre esprit.
C’est contraire à ce que l’on vit habituellement ; avec un regard souillé, nous éprouvons de la colère, de la souffrance, de l’insatisfaction…
Cette pratique est maintenue à la première place dans notre école.
L’esprit de zazen est ensuite amené dans les cérémonies, les rituels et ainsi, jusque dans la vie quotidienne.
Agir à partir d’un esprit neuf, un esprit libéré, donne à notre vie force, légèreté et non-peur.
Le zen va directement à la racine en proposant de nettoyer notre esprit de toute forme d’illusions.
La religion juste à chaque époque est celle qui éclaire les hommes et les amène à vivre en paix
La religion, la véritable pratique spirituelle vise à nous remettre en contact (en unité) avec la réalité, nous relie à la réalité, en harmonie avec nos semblables.
Zazen, en effet, nous ramène à l’esprit originel, l’esprit libre de tout point de vue et conception, en unité avec la multitude des existants, l’esprit éveillé – Bouddha signifiant l’Éveillé.
Du temps du Bouddha, les brahmans pratiquaient une méditation appelée dhyana qui, par l’évolution de prononciation (dhyana, chana en chinois, chan, chen, zen) est appelée en japonais zen. Mais la méditation des brahmans, dhyana, est très différente de celle pratiquée par Bouddha. La Voie est fondamentalement parfaite. Elle pénètre tout. Comment pourrait-elle dépendre de la pratique et de la réalisation Le véhicule du Dharma est libre et dégagé de toute entrave. En quoi l’effort concentré de l’homme est-il nécessaire? En vérité, le Grand Corps est bien au-delà de la poussière du monde. Qui pourrait croire qu’il existe un moyen de l’épousseter? Il n’est jamais distinct de quiconque, toujours exactement là où l’on est. A quoi bon aller ici ou là pour pratiquer ?
Maître Dōgen, un des fondateurs de l’école Zen, n’aimait pas trop utiliser le mot « Zen », il préférait parler de « la voie du Bouddha ».
Dans le bouddhisme, la religion c’est l’étude de l’origine.
De nombreuses personnes se demandent ce qu’est que le bouddhisme. Le bouddhisme est un mot inventé par les Occidentaux. C’est quelque chose de très abstrait. Il faudrait plutôt parler de la Voie du Bouddha – Bouddha voulant dire l’éveillé, ce qui est éveillé. On pourrait aussi dire, pour satisfaire l’esprit occidental, que le bouddhisme est la religion de l’éveil. Ce qui est mis à la première place, ce qui est insurpassable, c’est l’éveil – ce ne sont pas les connaissances ou la technique. L’éveil, c’est le fonctionnement de l’univers. L’univers ne s’appuie pas sur des théories ni sur des recettes, il ne s’appuie pas sur le mental. Regardez par exemple un tout petit enfant qui était encore dans le ventre de sa mère il y a peu. Ce petit enfant, en un rien de temps, apprend quelque chose d’extrêmement merveilleux : le langage. Il n’a pas de professeur, on ne lui explique pas la grammaire. Seulement par lui-même, il apprend à parler, parce que son esprit est vide de tout concept, de toute attente, de tout formatage. L’éveil est ce qui nous permet de mener notre vie de la façon la plus juste.
(Extrait du Fukanzazengi de Maître Dogen – Pour la diffusion universelle des principes du zazen)
En parfait équilibre, immobile, poussant le sol avec les genoux, la colonne vertébrale étirée vers le ciel, ni penché en avant, ni penché en arrière…
On se contente d’effacer à chaque instant toute tension inutile dans le corps, toute intention dans l’esprit.
C’est par cette pratique que Shakyamuni est devenu Bouddha, l’Éveillé. Dans la posture paisible de l’éveil, à partir du silence et de l’immobilité, naturellement, inconsciemment, on donne la liberté à toute chose. Donner la liberté à nos pensées, c’est ne pas bouger devant elles… La conscience s’ouvre alors à l’infini.
La conscience s’ouvre à l’infini, se manifeste en nous la sagesse et la compassion de Bouddha…
La méditation et les préceptes au cœur de la vie monastique
Les membres de Kanshoji mettent zazen et les préceptes – ensemble de règles pour une conduite juste – au cœur de leur vie, ils expriment ainsi leur foi dans la pratique-éveil du Bouddha. Ils se consacrent à la pratique de l’ouverture du cœur qui permet d’agir avec sagesse et compassion – c’est ainsi qu’on peut aider le monde à partir de sa propre réalisation.
Dans un monde en perte de sens, où les trois poisons sont plus que jamais à l’œuvre : surconsommation, individualisme, course au profit… générant pollution, pauvreté, violence, solitude et désespoir… une éthique fondée sur les préceptes bouddhistes est plus que jamais nécessaire.
Les valeurs du bouddhisme — compassion, altruisme, simplicité, respect de la vie sous toutes ses formes — sont partagées par la plupart des religions. Toutefois, pour les bouddhistes, l’éveil est le fondement de toute attitude juste.
La vie : la nôtre et celle de toutes les existences forment une seule et même entité, l’univers. Notre rapport au monde devrait tenir compte de la réalité que tout existe en interdépendance. Chacune de nos actions doit avoir le souci de l’autre, c’est comme cela que la sobriété, la responsabilité et le respect de toutes les formes de vie donnent la direction à nos vies.
Notre rapport au monde
sobriété, responsabilité, respect de la vie

L’hypermatérialisme, la course à la consommation, au confort et aux divertissements à outrance, ne sont au final qu’une forme d’autodestruction.
Nous sommes vigilants sur l’impact environnemental de chacune de nos actions : se nourrir, se vêtir, se soigner, se chauffer, construire, gérer les déchets, etc.
Les maîtres zen disent : « La bouche du moine est un four… » Bouddha disait : « Si vous souhaitez la prospérité, mangez de la viande ; si vous souhaitez le bonheur, n’en mangez pas. » Les moines et les nonnes de Kanshoji, sans être rigides, ont adopté un régime alimentaire bio et en grande partie végétarien ; ils cultivent pour cela deux grands potagers.
Les nouveaux bâtiments ont été construits en matériaux écologiques, selon les normes de basse consommation. À court terme, ces choix ne sont pas toujours les plus simples ni les moins chers, mais une vision plus vaste, tenant compte des générations futures, ne peut qu’être bénéfique à long terme.
L’ardeur au travail des moines et nonnes, leur vie simple et modeste, génèrent les économies nécessaires pour leur permettre d’assumer de tels choix.
La ritualisation de certains aspects de la vie permet de garder l’esprit ouvert et en paix. C’est comme cela qu’après zazen, nous exprimons notre foi et notre gratitude par des formes ritualisées qu’on appelle alors cérémonies. Prenant l’habitude, lors de ces cérémonies, de faire les choses de tout son cœur, comme elles doivent être faites, sans rien attendre pour soi, on en vient à faire de même dans toutes les activités nécessaires à la vie du monastère qu’on appelle alors samu.
ANGO
Période de pratique intense de formation des moines. Par la pratique solidaire, dans l’oubli de soi, faisant grand cas des autres, on revient, inconsciemment, naturellement, automatiquement à la vie de Bouddha, à la condition originelle du corps-esprit.
BODHISATTVA
litt. « l’être qui s’éveille »
C’est l’être qui s’éveille par sa pratique et aide, par cet éveil, toutes les existences. Ainsi, toute son action, inconsciemment et naturellement, est déterminée par la compassion, et soutenue par la sagesse. Le bodhisattva renonce à sa libération individuelle tant que tous les êtres ne sont pas sauvés. Sa profession de foi est : « Ensemble, tous ensemble… »
CHOSAN
Le maître parle librement du Dharma en présence des disciples, autour d’une tasse de thé. On peut y aborder des sujets concernant l’enseignement ou des questions concernant la vie du monastère.
DHARMA
C’est la manifestation de la réalité, la Loi naturelle de l’univers, au-delà des lois humaines, à laquelle notre monde est soumis et qui dirige toutes les existences. Bouddha s’est éveillé à cette Loi, il a enseigné et transmis par la suite cet éveil. C’est pourquoi on appelle aussi Dharma l’enseignement des maîtres et des patriarches, qui exprime la vérité universelle.
DOJO
littér. « salle de la Voie »
C’est la salle où l’on pratique zazen, au cœur du monastère, située dans un lieu calme et propice au recueillement de zazen.
GENMAI
C’est la soupe de riz traditionnelle que l’on mange chaque matin après le zazen. Manger la genmai est une cérémonie : on la mange en silence, après récitation d’un sutra et en grande concentration.
PRECEPTES
Les préceptes bouddhistes guident notre vie en nous conduisant vers une existence plus juste : parole juste, action juste, moyens d’existence justes… Suivre les préceptes nous aide à créer un rapport juste avec les autres existences et manifeste notre responsabilité dans le monde.
KESA
du sanskrit KASAYA : « couleur terre »
Le kesa est le vêtement de Bouddha. À l’origine Shakyamuni Bouddha a ramassé de vieux chiffons, il les a lavés et teints avec de la terre (d’où sa couleur), il les a assemblés minutieusement point par point, puis il s’en est revêtu. Le kesa s’est transmis depuis de maître à disciple et est devenu le vêtement du moine, symbole de la transmission et de l’enseignement. La couture du kesa obéit à des règles très précises issues de la tradition. On le coud généralement soi-même, dans une grande concentration issue de l’esprit de zazen. Ainsi, le moine prend soin du kesa, le respecte et le revêt pendant zazen.
KUSEN
C’est l’enseignement oral donné par le maître à ses disciples, dans le dojo, pendant zazen. Ce n’est ni un exposé, ni une conférence, ni de la littérature. Les phrases sont simples, courtes, directes. Le kusen s’adresse directement au cœur du disciple, à son cerveau profond et non à son mental. Ainsi, ce n’est pas un texte que l’on peut lire, mais qui surgit directement de la pratique et de l’esprit profond du maître. Seul un maître authentique de la transmission peut créer le kusen du fond de la vérité universelle.
MONDO
C’est l’occasion pour le disciple de poser une question au maître sur des aspects de l’enseignement et leur réalisation dans la vie quotidienne, sur des points à éclaircir pour sa pratique. Il a lieu dans le dojo, pendant zazen, en présence de la sangha
ORYOKI
Ensemble de bols transmis aux moines et nonnes lors de l’ordination. À l’origine, les moines mendiaient leur nourriture dans ces bols. Manger dans les oryoki est une cérémonie traditionnelle durant laquelle nous nous concentrons sur chaque geste et récitons le Sutra des repas qui exprime notre gratitude.
RAKUSU
Le rakusu est un petit kesa qui est porté dans la vie quotidienne par les moines, nonnes et bodhisattva.
SANGHA
Communauté des pratiquants de l’enseignement du Bouddha.
SAMU
littér. « service par le travail »
C’est l’activité désintéressée, au service de la sangha, dans les tâches nécessaires à la vie quotidienne du monastère : cuisine, nettoyage, potager, vaisselle, etc. Elle se pratique dans la concentration et le silence de l’esprit. Cette pratique spirituelle maintient l’esprit éveillé du zazen dans l’activité de la vie quotidienne.
SESSHIN
littér. « concentration du cœur-esprit »
Durant les périodes ordinaires, la pratique du monastère est partagée entre le zazen matin et soir et l’activité dans la vie quotidienne. La sesshin est centrée sur le zazen et l’enseignement (kusen, teisho, mondo…). C’est une retraite, au sens où nous nous retirons en nous-mêmes dans le silence et la concentration, sans toutefois être coupés des autres, car nous pratiquons tous ensemble. Sesshin signifie devenir intime avec soi-même et rencontrer notre nature profonde, qui est nature de Bouddha, partagée par toutes les existences de l’univers.
SHIHO
Le zen s’est toujours transmis en dehors des écritures de maître à disciple, et cela sans interruption depuis Bouddha Shakyamuni il y a 2 600 ans. Le shiho est le certificat de cette transmission, garant de l’authenticité de l’enseignement.
SUTRA
littér. « fil conducteur »
Les sutras sont les enseignements du Bouddha, retranscrits par ses disciples. On les étudie pour éclairer notre pratique et on les chante durant les cérémonies.
TEISHO
Le maître aborde, expose et développe, sous forme d’une conférence, un point du Dharma.
ZAZEN
littér. « être assis dans le recueillement »
C’est l’essence, la racine de la pratique du zen. Assis, jambes croisées, le dos droit, l’expiration longue, profonde et tranquille ; laissant passer les pensées, l’esprit s’apaise et devient clair. L’esprit se libère et on accède à une conscience vaste. Zazen est la posture d’éveil du Bouddha. C’est le retour à la condition normale du corps et de l’esprit en unité avec toute chose.